La Shri Ram Chandra Mission n'est pas la seule organisation à proposer des méthodes de méditation. La transmission dont elle est si fière se traduit souvent par un asservissement qui fait perdre tout repère et isole inéluctablement l'individu de son environnement.
La Shri Ram Chandra Mission a été classée comme secte dans un rapport parlementaire français. Avant d'adhérer, informez vous !

438 articles – 3445 commentaires – Dernier ajout le 14/05/2017

“Take criticism seriously, without anger or sadness. Use it for correcting yourself, and welcome it.”
Kamlesh Patel (1/04/2015)

25 janvier 2014

La multinationale du Sahaj Marg

Alexis met à jour son site internet de présentation alternative de la Shri Ram Chandra Mission et du Sahaj Marg. Ci-dessous un texte publié la semaine passée sur les multiples structures de cette multinationale.

La Mission c’est pour le moins une association mère et une vingtaine d’associations nationales satellites, un institut de recherche, 5 fondations, une société et 2 trusts.
L’association mère, la SRCM de Shahjahanpur (Shri Ram Chandra Mission), a été créée par Babuji en 1945. L’Institut de recherche a été créé par le Docteur KC Varadachari en 1965 (SMRTI ou Sahaj Marg Research and Training Institute). La première association satellite a été créée par Donald Sabourin au Canada en 1974 (SRCM Canada). La première fondation a été créée par Ferdinand Wulliemier en Suisse en 1994 (SMSF ou Sahaj Marg Spirituality Foundation). L’ouverture de l’Omega school en 2005 s’est accompagnée de la création d’une société (LMES ou Lalaji Memorial Educational society) et d’un trust (BVET ou Baal Vatika Education Trust). Enfin Chari a créé un autre trust pour l’édition des publications de la Mission en 2009 (SHPT ou Spiritual Hierarchy Publication Trust) …
Longtemps en procès avec les descendants de Babuji au sujet de la présidence de la SRCM de Shahjahanpur, Chari a d’abord profité de ses associations nationales satellites, et tout particulièrement de la SRCM USA, pour mettre en sécurité son pactole. Mais depuis la création de 2 fondations d’abord aux USA en 1999 puis en Inde en 2003, il a profondément modifié l’organisation matérielle de son empire financier, en commençant par intégrer l’Institut de recherche sans statuts au sein des fondations. Comme si cela ne suffisait pas, Chari a trouvé le besoin de créer la SHPT en 2009 pour recueillir l’argent gagné sur ses publications.
Auparavant et jusqu’à la fin des années 90, les donations, les cotisations des adhérents et la vente des publications constituaient en proportion à peu près équivalentes les recettes des associations locales de la Mission. Depuis la création de la SHPT, seules les cotisations des membres adhérents continuent de pourvoir au fonctionnement des associations locales, les fondations engrangent les donations et la SHPT développe ses ventes.
Les donations alimentent les fondations, qui ont pour rôle théorique d’offrir de bonnes conditions matérielles aux abhyasis pour méditer. En pratique, elles subventionnent très parcimonieusement l’acquisition de nouveaux ashrams, une fois qu’elles ont apprécié les besoins et jugé que les abhyasis avaient fourni un effort suffisamment substantiel.
Les associations locales avec leurs assemblées générales annuelles sont jugées trop démocratiques pour que Chari leur abandonne tant de pouvoir, bien qu’il ait recours à toutes les astuces pour leur en ôter. A l’inverse, les fondations n’ont qu’un vague conseil d’administration et très peu de contrôles.
Restent les LMES et BVET pour piloter l’Omega school depuis 2005 sur lesquelles on ne sait pratiquement rien si ce n’est la phrase de Chari à sa création : "(…) there is no black money transaction-no trustees following the money. I'm here to see to that."
Et la collusion plus que probable avec certaines entreprises ! Un seul exemple, la HTC Global Services Inc. Madhava Reddy, PDG de cette start-up créée en 1990 et qui emploie plus de 2500 personnes, est précepteur et membre du Comité de management de la SRCM aux USA, en tant qu’audit interne. C’est le 2ème donateur par ordre d’importance à la SMSF indienne entre 2006 et 2012 de pas moins de 6,5 millions de dollars (et plus de 12 millions entre 1999 et 2011). Deux de ses sous directeurs nord-américains sont donateurs et/ou adeptes de Chari. L’ancienne patronne du Sahaj marg en Australie et membre très active du SMRTI fut directrice de HTC dans ce même pays. Présente aux USA, en Inde, en Australie, à Singapour et aux Emirats Arabes Unis, HTC a implanté sa principale usine de fabrication à Chennai où elle emploie de nombreux abhyasis…

Des fondations très opaques
Ferdinand Wulliemier a créé la première fondation en Suisse en 1994 (SMSF ou Sahaj Marg Spirituality Foundation), Santosh Khanjee en a fait de même à Austin au Texas en 1999, puis c’est au tour de l’Inde en 2003, de Dubaï en 2004 et de Hong Kong en 2012.
Pas moins de 5 fondations que Chari présente comme une seule et même fondation, une organisation sœur de la Mission, fenêtre ouverte sur l’extérieur, son visage public. Il explique que tel un oiseau, le Sahaj Marg a deux ailes, la première est spirituelle et c'est la SRCM, la seconde est matérielle et c'est la SMSF. Traduisez : d'un côté des associations spirituelles sans le sou, de l'autre des fondations qui gèrent foncier, immobilier et finances.
“So the Foundation will be ninety percent oriented to social and physical life; Shri Ram Chandra Mission will be oriented ninety-nine percent towards spirituality.”
Selon la Mission elle-même, la SMSF indienne gère les centres de formation et de retraite en Inde, la SMSF USA gère le centre de retraite SPURS à Austin, la SMSF suisse gère l’ashram et centre de formation de Berlin (et peut-être aussi l’ashram et centre de retraite de Vrads). La SMSF de Dubaï créée en 2004 gère l’ashram de ce pays et l’ensemble des intérêts de la Mission au Moyen-orient et en Afrique. On ne nous dit pas ce que gère la petite dernière-née, la SMSF de Hong Kong créée en 2012, mais on peut supposer qu’elle a en charge ses intérêts asiatiques.
A les en croire, les fondations doivent offrir de bonnes conditions matérielles aux abhyasis pour méditer : formation et lieux de méditation (ashrams et centres), mais aussi une clinique de santé et des repas gratuits, etc. En pratique, elles subventionnent très parcimonieusement l’acquisition de nouveaux ashrams, une fois qu’elles ont apprécié les besoins et jugé que les abhyasis avaient fourni un effort suffisamment substantiel. Elles sont aussi responsables de la conduite des programmes dans les domaines de la formation spirituelle, de l'éducation et de la recherche.
Face à des associations locales jugées trop démocratiques, les fondations conviennent mieux à Chari. Elles n’ont qu’un vague conseil d’administration et très peu de contrôles. Ainsi, la fondation suisse Stiftung Sahaj Marg Spiritualität de Weinfelden dont les statuts ont été déposés le 2 août 1994, actuellement inscrite au Registre du commerce du canton de Thurgovie, dispose d’un Conseil d’administration de 11 membres présidé par Chari dont la signature suffit pour accéder à son compte et réaliser n’importe quelle opération. Seuls 3 autres membres du conseil d’administration ont aussi ce privilège, mais uniquement avec les signatures conjointes de 2 d’entre eux.
En mai 2008, lors du Conseil d'administration de la SRCM France à Vrads, Rajagopalachari double le montant de la cotisation française. Mais il suggère aussi de créer en toute discrétion un Fonds international du président basé en Suisse pour rassembler les donations petites et grandes, l'idée étant que le maître puise à volonté dans cette cagnotte pour ce que bon lui semble. Aucune communication écrite ne doit en être faite, mais seulement des annonces orales dans les centres pour proposer des donations mensuelles.
Les donations étrangères effectuées à la SMSF indienne sur 7 ans représentent plus de 28 millions de dollars (contre 3 à la SRCM), selon le FCRA du Ministère indien des affaires intérieures entre 2006 et 2012. Ses recettes cumulées atteignent 38 millions (donations + intérêts financiers), alors que ses dépenses plafonnent à 6 millions.
Rien d’étonnant puisque l’idée de Chari était de constituer grâce aux donations un "Corpus fund" susceptible de générer seul des intérêts pour couvrir la totalité des dépenses de l’organisation. Objectif atteint pour la SMSF indienne depuis 2008 (2009 pour la SRCM) ! Mais les donations affluent toujours…
En mars 2013, le capital de la SMSF indienne issu de l’étranger représente 39 millions (contre 14 à la SRCM), dont un "Corpus fund" de 34 millions (contre 10 à la SRCM).
Quel est le montant des donations indiennes ? Quels sont les capitaux des 4 autres fondations ? Mystère.
Si la SMSF vit grassement de ses intérêts depuis 2007 et que les donations affluent toujours, pourquoi ne participe-t-elle pas plus généreusement aux acquisitions de nouveaux centres de méditation ? Pourquoi distribue-t-elle toujours ses sous de manière aussi parcimonieuse ?
A lire aussi : [Donations étrangères]

Des associations bien peu démocratiques
Créer une structure locale devient indispensable quand le nombre d’abhyasis augmente et qu’il est nécessaire d’acheter ou louer des biens (ashrams ou centres de méditation), et d’ouvrir des comptes bancaires pour collecter les "contributions volontaires". Depuis la création de la SRCM de Shahjahanpur par Babuji en 1945, 2 douzaines d’associations locales ont été constituées. La moitié d’entre elles se situent en Europe de l’ouest.
Mais le caractère démocratique des différents types d’organisations proposés par tous les Etats de la planète s’accorde vraiment bien mal avec le fonctionnement d’une Mission spiritualiste comme la SRCM de Chari, totalement a-démocratique. Concilier les deux est un travail d’orfèvre, d’où la mise en place par la SRCM d’un guide pour créer une structure locale ad hoc.
Cette note interne de 19 pages récapitule les principales questions à se poser pour déterminer le type d’organisation le plus pertinent et propose des modèles de statuts pré-rédigés. En effet, le président doit conserver le contrôle général de l’organisation, avec la responsabilité la plus limitée possible et le moins de risques juridiques à encourir. L’organisation doit permettre le transfert des excédents financiers vers d’autres structures, dans et hors du pays. Habituellement en démocratie, l’assemblée générale est plénipotentiaire. L’objectif majeur de Chari (et de cette note) est de lui ôter tous ses pouvoirs…
Exemple français : le Maître est le président de l’association nationale créée en 1986. C’est lui qui désigne les membres du Bureau et du Conseil d’administration, ce qu’il appelle son Comité de management, parmi ses plus fidèles alliés,  pour la plupart des étrangers non-résidents en France. L’assemblée générale n’a pas d’autre rôle que d’entériner les décisions déjà prises, le comité de management n’a guère plus de poids, c’est le maître qui décide de tout.
Or les statuts associatifs français ne permettent pas aussi facilement un tel déni démocratique, alors ils renvoient à un règlement intérieur. Article 17 des statuts déposés en 1986 : "le président qui est le véritable maître de l'Association exercera ses pouvoirs par le truchement du règlement intérieur, qu'il peut modifier à son gré (…)".
Lors des assemblées générales, les membres adhérents à jour de leur cotisation sont obligés d’entériner les décisions prises en haut lieu, sous peine de déplaire au maître. Mais encore faut-il pouvoir y participer, surtout quand elles se déroulent à l’étranger (celle de l'association française se déroule à Vrads au Danemark en 2008, celle des Etats-Unis à Tiruppur en Inde en 2009, etc.). Une habitude qui s’est généralisée du fait que Chari ne se déplace presque plus…
S’ils parviennent à assister à l’assemblée générale, les membres ont tout de même accès à l’exposé des comptes financiers. C’est encore trop pour Chari. Jusque dans les années 90, cotisations, donations et vente des publications alimentaient la trésorerie nationale à peu près à parts égales. Avec la création des fondations qui recueillent maintenant les donations, la SHPT qui recueille le fruit de la vente des publications, c’est 2 tiers du budget qui échappe maintenant aux associations.
C’est encore trop. Le Président doit également pouvoir fixer une limite maximale de retraits sur le compte bancaire de la structure locale pour ses dépenses. Alors chaque année, les associations soumettent un budget prévisionnel à Chari pour approbation. Chaque trimestre, elles lui envoient un rapport d'étape. Et toute dépense supérieure ou égale à 1 000 dollars nécessite un accord préalable de Chari… sans parler des projets d'investissement foncier ou immobilier, bien évidemment.
Quant aux centres de méditation, leur budget est encore plus maigre. Lors de l’assemblée générale de la SRCM France tenue à Vrads au Danemark en 2008, Chari a décidé unilatéralement du doublement du montant des cotisations. Jusque-là fixées à 75 € par membre, 15 € revenaient au centre de méditation auquel était rattaché l’adhérent, les 60 € restant partaient au fonctionnement de la structure nationale. A raison de dix à trente personnes en moyenne, un centre se retrouve avec un malheureux budget annuel d'environ 300 € pour louer une salle ou en payer le chauffage et l’électricité.
Je ne connais les comptabilités que de 4 associations locales, les SRCM française, anglaise, suisse et canadienne. Elles concernent à peu près 2 400 abhyasis, soit 18 à 19% des effectifs hors Inde. En comparaison, les donations effectuées par les ressortissants de ces pays à la SMSF indienne représentent un peu plus de 19% des donations étrangères enregistrées par le FCRA du Ministère indien des affaires intérieures entre 2006 et 2012, si l’on ne compte pas celles des 4 plus gros donateurs (à plus de 2 millions de dollars chacun).
Selon ces comptabilités nationales, le montant cumulé sur 7 ans des cotisations et autres produits de ces 4 associations représente un peu plus de 5 millions de dollars. Par extrapolation, selon qu’on raisonne proportionnellement aux effectifs ou au montant des donations à la SMSF, on obtient un produit cumulé de 27 à 28 millions de dollars, soit à peu près l’équivalent des donations à la SMSF indienne.
Le capital cumulé de ces 4 mêmes associations représente près de 5 millions de dollars. Selon les mêmes règles d’extrapolation, on atteindrait 25 à 26 millions de dollars de capital pour l’ensemble des associations locales hors Inde. Beaucoup moins que les 39 millions de la SMSF indienne…
A côté de ça, la SRCM indienne a accumulé 3 millions de dollars de donations en provenance de l’étranger sur la même période et dispose d’un capital de 14 millions au 31 mars 2013.
A lire aussi :

SHPT, un trust capitaliste pour vendre publications et collectors
Au départ, le secteur publications de la SRCM a été créé pour diffuser les discours de Babuji au plus grand nombre et au moindre coût. De son côté, Kasturi a poursuivi dans cette voie. Du côté de Chari, on a privilégié la qualité et l’inflation des coûts, sans parler des ciseaux de la censure (voir témoignage de Michael, 3ème partie).
Au-delà des livres et des discours, on a vu apparaître des recueils de photos (dont la photo grandeur nature du maître) et des badges de précepteur ou d’abhyasi, etc. Le secteur publication voulait faire du profit et en a effectivement fait, ce qui a permis aux associations d’accroître leur financement.
Tous les discours de Chari, ses moindres paroles, sont retranscrites, revues et corrigées, compilées puis publiées. Chaque événement est immortalisé par un photographe dûment accrédité, puis fait l’objet d’un album souvenir. Et du livre ou de l’album, on est passé aux CD puis aux DVD… Les imprimeries SRCM se sont transformées en une vaste entreprise multimédia, expédiant ses produits marketing aux quatre coins du monde.
Pour financer les investissements nécessaires à cette évolution, la SRCM s’est procuré une trésorerie en proposant des abonnements à vie, d’abord pour ses différentes publications papier, puis pour ses publications audiovisuelles, moyennant 1 000 €.
En 2005, Chari a donné une nouvelle impulsion au secteur. Il ne s’agissait plus d’acheter un livre, mais de faire une donation préalable de 300 €. C’était déjà un moyen de transférer l’argent du secteur publication des associations locales aux fondations transnationales. Deux ans plus tard, rebelote ! Pour participer aux célébrations du 80ème anniversaire de Chari à Tiruppur et bénéficier de son cadeau, une donation de 1 200 dollars était réclamée…
Le montant du don a enfin fini par choquer. Une vague de protestation sans précédent s'est emparée des abhyasis qui prenaient conscience que la Mission fonctionne à deux vitesses : celle des riches et celle des autres. C'était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
Face au vent de protestation, Chari a donc fait machine arrière. La participation aux festivités devient libre. Les donations sont destinées aux fondations régionales de la SMSF pour développer la Mission et ses activités.
On apprit plus tard que les 300 € de 2005 permettaient aux abhyasis d’obtenir le livre « Whispers from the Brighter World » tandis qu’ils servaient à Chari à financer son projet d’école internationale LMOIS, comme les vente aux enchères au milieu des satsangs de Vrads Sande au Danemark et de Lignano en Italie. De même que les 1 200 dollars sont destinés à un coffret de 18 DVD.
Retour à la case départ : il faut toujours financer Tiruppur. Donc on surfe sur la vague des collectors et des produits dérivés : vente de T-shirt spécial anniversaire en exclusivité ou un livre inédit de photos, puis une édition spéciale commémoration de son 80ème anniversaire, un recueil de photos et de textes de Chari entre 1983 et 2007...
Aujourd’hui, tout nouveau projet est accompagné de ses produits dérivés chargés de financer tout ou partie des dépenses afférentes.
Le Secteur des publications de la Shri Ram Chandra Mission a beaucoup évolué. Les donations ne suffisaient plus donc on a effectué des cadeaux aux donateurs pour mieux les inciter à donner. Le mercantilisme a ainsi grignoté peu à peu le secteur des publications, mais il s'est vraiment professionnalisé depuis 2005.
Les mécanismes sont invariants : proposer un cadeau aux donateurs avant une date fixée au préalable et reporter ensuite la date malgré les allégations contraires du début. Ce qui change en revanche, c'est la multiplication des produits dérivés et l'inflation vertigineuse des prix : photos, albums souvenirs, badges, T-shirt, etc.
Le 1er avril 2009, Chari crée une nouvelle organisation chargée uniquement des publications de la SRCM. Ainsi la SMSF et la SRCM ont arrêté toute activité de publication. C'est maintenant la SHPT (Spiritual Hierarchy Publication Trust, un bien drôle de nom) qui a pris le relais. Voilà enfin le secteur diffusion confié à une entreprise privée ! Evidemment, les abhyasis n’ont accès à aucun de ses comptes…

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Alexis

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