Voici la réponse de K.C. Narayana, fils du Docteur Varadachari et membre de l'ISRC, à la question posée par Inès et Peter sur son départ de la Shri Ram Chandra Mission :
Par rapport aux raisons qui ont motivé mon départ de la SRCM, j’ai déjà un peu écrit à ce sujet auparavant. Cependant, comme vous désirez que je réponde à nouveau, je le ferai.
Cette histoire est réellement longue mais pour faire court, je devrais dire que cela remonte à la fin des années 50 et au début des années 60. Le problème de la relative importance des structures institutionnelles (construction d’ashrams etc.), des procédures spirituelles et du progrès s’est posé.
Ceci se passait au moment de la construction du premier ashram de la SRCM à Tirupati. Une donation substantielle avait été offerte par une femme médecin qui était aussi l’épouse d’un officier de police de l’Andhra Pradesh mais elle ne voulut pas accepter de reçu de mon père et donc c’est pour cela que la donation ne fut pas acceptée. Mais comme les choses doivent arriver, la somme fut payée à Shahjahanpur et Master envoya l’argent à Tirupati pour la construction, somme qui fut reçue à contrecœur par mon vénéré père. Construire signifie des briques et du mortier : des matières très grossières. Mon père se tira de cette position difficile. Vous pourrez lire la correspondance entre mon vénéré père et notre Maître Babuji Maharaj sur ce sujet dans les lettres des livres déjà cités.
Et pour être plus précis, le problème consiste en l’importance relative du matérialisme et de la spiritualité. Mon Révéré Père voulait qu’on donne plus d’importance à la spiritualité et que le système de formation ne soit pas négligé.
D’autres membres de la SRCM étaient d’un avis opposé. Le point de départ du mécontentement est parti de là. Le problème s’est amplifié lorsqu’on a commencé à commercialiser la SRCM selon les mots de mon Révéré Père ; et Notre Révéré Babuji a essayé de le convaincre qu’aucune dérive ne se développait comme il le craignait.
En plus d’être un fils, j’étais un proche disciple de mon Révéré Père, et j’étudiais avec lui la Philosophie Indienne, la Philosophie Occidentale dont Henri Bergson en tant que Philosophie de l’Évolution ce qui incluait Aurobindo et aussi d’autres. Plus tard, je me suis spécialisé dans une branche du Vedanta appelé Visistadvaita. De plus, mes professeurs étaient de proches collègues de mon Révéré Père, et j’ai étudié la psychanalyse pendant 2 ans, ainsi que la psychologie constitutionnelle.
Dans ce contexte, je me suis trouvé en accord total avec mon Révéré Père sur le fait que les institutions représentent aussi une entrave très puissante sur le chemin de la liberté spirituelle et qu’on a besoin de rester très vigilant sur l’institutionnalisme.
Mais le processus consistant à construire des ashrams dans plusieurs centres commença. Et on leva des fonds dans ce but avec toutes les bonnes intentions.
Nos livres qui coûtaient très peu cher (moins d’une roupie) ont commencé à être imprimés et publiés sûrement d’une meilleure qualité mais à un prix élevé (selon les standards indiens de l’époque) Les compétences en Marketing de Frère Parthasarathi on été pleinement utilisées ; il est une personne très efficace comme vous le savez également.
Mais ceci a perturbé mon Révéré Père et il trouvait que la spiritualité passait en second alors que les aspirants étaient très occupés à récolter les fonds pour les livres, les magazines, les publicités dans les magazines, et les souvenirs publiés lors des anniversaires annuels des Maîtres. Il écrivit au Maître à propos de cette commercialisation et des dérives qui se formaient dans la SRCM, ce que le Maître minimisait bien sûr. Tout ceci peut être lu entre lignes dans la correspondance entre lui et le Maître.
En plus de tout cela les critères pour évaluer correctement la condition spirituelle des aspirants posaient des problèmes qui ne pouvaient pas être résolus facilement. Certains précepteurs n’acceptaient pas non plus les évaluations faîtes par le Maître et ceci a mis des personnes comme mon Père au supplice. Il a exprimé au Maître son supplice en disant : "ceci est lourd de conséquences sur la manière d’apprécier le dernier stade de l’évolution suivant notre système".
Plusieurs précepteurs évaluaient les aspirants de manières différentes et la SRCM prenait de plus en plus la position de laisser le sujet de l’évaluation au Maître en demandant aux précepteurs et aux full-précepteurs de se taire - une pratique qui continue a être en vigueur encore aujourd’hui si je ne me trompe pas. On transféra la responsabilité des abhyasis à effectuer le Yatra au Maître en disant que ce n’était pas le travail des précepteurs.
Le problème a émergé principalement parce que le nombre des précepteurs augmentaient et que ces derniers espéraient être traités de la même façon que les full-précepteurs. Il était très dur de les mettre au même niveau que les full-précepteurs à cause de leur manque de pratique et d’autres difficultés. Aussi la solution la plus facile a été de les traiter comme des égaux et donc d’annuler effectivement la distinction originelle et par là même la motivation pour progresser sur le chemin. Donc ceci assurait une augmentation du nombre de personnes qui devenaient membres de la SRCM.
Comme d’habitude la quantité a tué la qualité, et dans ce cas aussi. Beaucoup d’entre nous ont trouvé tout ceci très désagréable.
Après le Maître a fait différentes évaluations de la même personne dans plusieurs cas et ceci a abouti à la standardisation des procédures d’évaluation. Ceci a amené le Maître à une clarification pour évaluer les personnes 1 : Aksi et 2 : Kasbi ou 1 : Potentiel et 2 : Actuel ou 1 : Réfléchi et 2 : Acquis. Je suis sûr que vous avez ces informations dans les manuels remis par frère Parthasarathi. C’est absolument essentiel de comprendre ces concepts pour pouvoir déterminer de façon correcte la condition de l’aspirant.
Deux séminaires on été menés a Tirupati à la fin des années 70, et dans un de ces séminaires le Maître a parlé à propos de la méthode d’entraînement qui à ma connaissance n’a pas été publiée depuis par la SRCM. Une partie de cette méthode se trouve dans le livre "Douches de Grâce Divine" publié par les éditions Sri Ramchandra et disponible sur le site sriramchandra.org en téléchargement gratuit. Le Maître dit dans un article que "le façonnage est de la responsabilité du précepteur". Mais cela a été ignoré à un tel point que vous aurez du mal à trouver cet article au sein de la SRCM.
En plus les précepteurs et quelques full-précepteurs de la SRCM ne donnait pas assez d’importance aux "10 commandements du Sahaj Marg" alors que dans un enregistrement, le Maître dit que c’est la pièce maîtresse du Sahaj Marg. Ils sont allés tellement loin même de son vivant qu’ils ont appelé le livre "les 10 maximes du Sahaj Marg".
De même l’importance des méditations sur les points A et B expliqué dans le livre "Efficacité du Raja Yoga" a été minimisé au profit de ce qu’ils ont appelé l’Amour pour le Maître. Que les points A et B soient des découvertes du Maître ; la seule purification de chacun de ces points permettant aux aspirants d’atteindre le plus haut royaume de la conscience ainsi que de nettoyer les points A 1, B1, A2 ; B2 ; et A3, B3 ce qui permet à chacun de se stabiliser dans les plus hauts royaumes de la conscience, tout ceci est totalement négligé et ignoré voire même dénoncé.
Le sujet fut abordé devant le Maître et j’ai soutenu que si le Maître était d’accord sur leur inutilité, il devrait, en toute justice retirer le livre "Efficacité du Raja Yoga" au public (où il est déjà en vente depuis plus de 20 ans) et s’excuser publiquement d’avoir mal guidé les aspirants. Choqué par ces mots, il s’assit immédiatement en méditation, entra en contact avec son Maître Révéré Lalaji et confirma que ce qu'il avait écrit dans son livre était correct et devait être pratiqué.
Quelques centaines de copies d’un livret listant les devoirs et les responsabilités de l’aspirant que j’avais apporté à Shahjahanpur, furent données au Secrétaire d’alors Frère Parthasarathi et le Maître dit qu’elles devaient être traitées comme des publications de la Mission. Mais beaucoup ignoraient le frêle et fragile Maître, et la majorité des précepteurs et des full-précepteurs disaient que le Maître peut tout faire, et qu’il n’y a pas besoin d’autres pratiques que l’Amour et la dévotion. Ceci signifia que les précepteurs abdiquèrent totalement de leurs responsabilités pour le Yatra et que l’entière responsabilité était rejetée sur le Maître.
Je n’étais pas du même avis et adoptait un profil bas d’autant plus que j’étais très occupé avec mes devoirs de Senior Officer du Gouvernement de L’Antar Pradesh. Cependant, je restais en contact avec le Maître, je pratiquais comme il était conseillé, et j’écrivais au Maître qui me répondait parfois.
Plus tard en Octobre 1979, il m’écrivit : « Mon Cher Narayana, j’ai reçu vos lettres. Mais je n’ai pas pu y répondre à cause de ma maladie. J’ai réfléchi aux suggestions que vous m’avez faites pour former les abhyasis à l’intérieur du système du Sahaj Marg. Je suis très heureux d’avoir lu dans vos précédentes lettres que vous avez le courage et la volonté pour ce travail. Puissiez-vous vivre longtemps. Vous savez, Narayana, que j’ai fait tout ce qui était nécessaire pour la vie spirituelle des hommes et que le travail continue encore. Le système est là, mon aide est là, donc c’est des personnes comme vous qui doivent former les abhyasis et prolonger la recherche. J’ai de grands espoirs en vous. Je souhaite que, vous et Parthasarathi fassiez ensemble ce travail.»
La course à la succession du fauteuil du Président commença entre différentes parties. (La course continue) et c’est tout naturel pour des personnes qui recherchent le pouvoir et le statut. Le statut de guru peut-être très attrayant (lisez le chapitre sur le guru dans la Réalité à l’aube).
Comme je vous l’ai déjà dit dans les précédents mails, Frère Parthasarathi est venu me voir en 1984, a demandé ma collaboration et j’ai volontiers accepté. Il m’a demandé, en plus d’être membre du Working Committee où j’avais été nommé par Babuji de prendre les responsabilités supplémentaires de Secrétaire de Zone, Directeur SMRI, et responsable du Centre en Charge d’Hyderabad. J’ai bien sûr accepté toutes ces responsabilités et l’en ai déchargé pour notre satisfaction commune.
Puis en 1987, j’ai remis sur le tapis l’idée des stages de perfectionnement pour les aspirants et les participants qui étaient dans l’ignorance des pratiques importantes mentionnées ci-dessus dans ce mail, commençant à demander à Frère Parthasarathi et aux autres Précepteurs et Full-précepteurs pourquoi il ne leur avait pas parlé de l’importance de ces méthodes et plus particulièrement de la prière de 9 heures conseillée par le Maître.
Dans cette ambiance, j’étais capable d’animer 6 ou 8 stages de formation et Frère Parthasarathi se sentait très mal par rapport aux demandes de plus en plus nombreuses pour assister aux cours et aussi par rapport aux mécontentements de plus en plus forts des aspirants du système. Dans une de ces sessions de formation, en 1991 Frère Parthasarathi a suggéré a certains orateurs de plus parler sur le concept récemment développé de Maître vivant et de la nécessité d’aimer et d’être dévoué à lui plus que de pratiquer le système.
Comme tout cela était totalement inacceptable, je regardais le programme et restait tranquille. Le major Dr Madhava vieux pratiquant du système et membre du Comité de Recherche parlait à propos des essentiels du Sahaj Marg et traitait de tous les aspects expliqués par le Maître. Après le discours, Frère Parthasarathi l’a convoqué et lui a reproché de ne pas avoir parlé de l’importance du Maître vivant comme un aspect essentiel du système et il lui a demandé de réparer cela. Il vint me voir et je lui conseillais de faire comme le Président avait dit car je l’avais convaincu que Babuji est le Maître vivant sur le plan astral et que le plan physique n’a pas beaucoup d’importance.
Le soir de ce fatidique jour il y eut une conférence au Siège de la State Bank of India dans laquelle un orateur est allé jusqu’à dire que le grand Saint Ramakrisna Paramahansa pouvait transformer seulement un Narendra en un Vivekananda tandis que Frère Parthasarathi fait de chaque personne qui vient à Madras un Vivekananda. Comme j’étais dans cette soirée assis à côté de Frère Parthasarathi, je suis resté calme mais dès que la soirée fut finie, je rentrais à la maison, et je pensais à tout ce qui s’était passé aujourd’hui, et j’arrivais à la conclusion que l’organisation avait beaucoup dérivée et quelle s’était éloignée des buts spirituels.
Deux jours plus tard, Frère Parthasarathi me demanda pourquoi je l’avais évité, ce à quoi, je lui répondis que je n’avais pas eu la chance de devenir un Vivekananda, malgré plusieurs transmissions de Babuji et du Révéré Lalaji Saheb, et que je devais être très "nul".
Voici, en bref, l’histoire que vous désiriez savoir. J’ai omis de nombreux détails, qui, si je les avais mentionnés auraient fait un bon film…

